La sainteté à l’école de Thérèse de Lisieux

Comment devenir saint à l’école de Thérèse de Lisieux? Le mot sainteté peut faire peur ! Heureusement, la « petite Thérèse » nous aide à mieux comprendre ce dont il s’agit, et à avancer. Nous verrons que le fondement est de se savoir aimer de Dieu. L’humilité nous permettra de faire un second pas. Enfin, la confiance, sans jamais nous décourager nous maintiendra sur un chemin de croissance.

La sainteté à l’école de sainte Thérèse

La sainteté à l’école de Thérèse de Lisieux
Venue des reliques à la paroisse de Bagneux

Introduction

« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.” Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes » [Mt 22, 36-40 ; voir Jn 15, 12 ; Dt 6, 5 et Lv 19, 18].

1) Changer notre regard sur Dieu : Dieu nous aime !

Tous, depuis péché originel, suspicion sur Dieu

« [3] Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : “Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ?” La femme répondit au serpent : “Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.”” Le serpent dit à la femme : “Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.” La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. » (Gn 3) :

1ère étape : Dieu ne peut pas moins aimer que ses parents et ses sœurs

LT 52 (cf. LT 46) : « Le facteur du petit Jésus est bien bon [son Papa], je lui envoie toute ma tendresse et mes baisers. Je prendrai le vin qu’il me donne avec bonheur, pensant qu’il vient de la cave de l’Enfant Jésus.

         Mon petit Père chéri, c’est toi qui est le facteur de Jésus, je le sais bien. Oh ! merci… que tu es bon pour moi !

         Oui, je resterai toujours ta petite reine et je tâcherai de faire ta gloire en devenant une grande sainte.

         Thérèse de l’Enfant Jésus, le Diamant brillant et la petite perle très fine t’embrassent bien.

         On vient à l’instant de me montrer des oiseaux, oh ! mon petit Père chéri, que tu es donc bon. Il y a trois oiseaux, un pour le diamant, un pour la perle fine et un pour la petite reine à Papa, elle tâchera de faire son possible pour ressembler un peu à son Roi. »

LT 58 : « Quand je pense à toi mon petit Père chéri, je pense naturellement au bon Dieu, car il me semble qu’il est impossible de voir quelqu’un de plus saint que toi sur la terre. »

         Thérèse a également été très marquée par une phrase de son père qu’elle répète à plusieurs reprises dans ses lettres : « Le bon Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité » (LT 158 ; 182 ; 226). Dieu ne peut pas nous aimer moins qu’on l’aime.

2e étape : Puis Thérèse expérimente elle-même l’amour de Dieu comme un amour paternel

         Ms A, 83 v°-84 r° : « O ma Mère chérie ! après tant de grâces ne puis-je pas chanter avec le psalmiste : «Que le Seigneur est bon, que sa miséricorde est éternelle.» Il me semble que si toutes les créatures avaient les mêmes grâces que moi, le Bon Dieu ne serait craint de personne, mais aimé jusqu’à la folie, et que par amour, et non pas en tremblant, jamais aucune âme ne consentirait à Lui faire de la peine… […] A moi Il a donné sa Miséricorde infinie et c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections Divines !… Alors toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour… Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est Juste, c’est-à-dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature. De quoi donc aurais-je peur ? Ah ! le Dieu infiniment juste qui daigna { Ms A, 84, r° } pardonner avec tant de bonté toutes les fautes de l’enfant prodigue, ne doit-Il pas être Juste aussi envers moi qui «suis toujours avec Lui» ?… »

         Ms B, 1 (cf. Ms C, 3 r° et l’ascenseur) : « Je comprends si bien qu’il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j’ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine, ce chemin c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père… “Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi” a dit l’Esprit Saint par la bouche de Salomon et ce même Esprit d’Amour a dit encore que “La miséricorde est accordée aux petits.” En son nom, le prophète Isaïe nous révèle qu’au dernier jour “Le Seigneur conduira son troupeau dans les pâturages, qu’il rassemblera les petits agneaux et les pressera sur son sein” et comme si toutes ces promesses ne suffisaient pas, le même prophète dont le regard inspiré plongeait déjà dans les profondeurs éternelles, s’écrie au nom du Seigneur : “Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous caresserai sur mes genoux.” O Marraine chérie ! après un pareil langage, il n’y a plus qu’à se taire, à pleurer de reconnaissance [1 v°] et d’amour… Ah ! si toutes les âmes faibles et imparfaites sentaient ce que sent la plus petite de toutes les âmes, l’âme de votre petite Thérèse, pas une seule ne désespérerait d’arriver au sommet de la montagne de l’amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance, »

3e étape : C’est Dieu qui est par excellence le Père très aimant

         « 14 C’est pourquoi je tombe à genoux devant le Père, 15 de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom. » (Ep 3, 14‑15)

         LT 138 à sa Tante : « Et puis ces peines m’ont appris à connaître mieux les trésors de tendresse cachés dans le coeur des parents chéris que le bon Dieu m’a donnés… «Le plus beau chef-d’oeuvre du coeur de Dieu, c’est le coeur d’une Mère.» Je sens combien est vraie cette parole et je remercie le Seigneur de m’en avoir fait faire la douce expérience. »

         Et dans la poésie 36 :

« 2. O toi qui sus créer le coeur des mères

Je trouve en toi le plus tendre des Pères ! »

         à « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur »

2) L’humilité qui sait profiter de ses faiblesses

La sainteté n’est pas la perfection

         « 17 Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : “Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ?” 18 Jésus lui dit : “Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. 19 Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.” » (Mc 10)

         « Mais il m’a déclaré : “Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.” C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. » (2 Co 12, 9)

         « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5)

Thérèse : LT 197:

       “Pour aimer Jésus, être sa victime d’amour, plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant… Le seul désir d’être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile. […] Restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d’esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d’amour… […] C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour… [LT 197].

Le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections ; mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. […] Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi. » (Pr 9, 4) […] J’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! » (Is 66, 13.12) Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus [Ms C, 2v°-3r°].

3) Les grands désirs qui font avancer sans se décourager

 “Je ne me découragerai jamais”

Parabole du petit oiseau

Moi je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet, je ne suis pas un aigle j’en ai simplement les yeux et le cœur car malgré ma petitesse extrême j’ose fixer le Soleil Divin, le Soleil de l’Amour et mon cœur sent en lui toutes les aspirations de l’Aigle… […] Hélas ! tout ce qu’il peut faire, c’est soulever ses petites ailes, mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que va-t-il devenir ? mourir de chagrin se voyant aussi impuissant ?… Oh non ! le petit oiseau ne va pas même s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son Divin Soleil ; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent ni la pluie et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par-delà les nuages son Soleil brille toujours, que son éclat ne saurait s’éclipser un seul instant. […]

Tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature tout en restant à sa place (c’est-à-dire sous les rayons du Soleil,) se laisse un peu distraire de son unique occupation, elle prend une petite graine à droite et à gauche, court après un petit ver… puis rencontrant une petite flaque d’eau elle mouille ses plumes à peine formées, elle voit une fleur qui lui plaît, alors son petit esprit s’occupe de cette fleur… enfin ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s’occupe encore des bagatelles de la terre. Cependant après tous ses méfaits, au lieu d’aller se cacher dans un coin pour pleurer sa misère et mourir de repentir, le petit oiseau se tourne vers son Bien-Aimé Soleil, il présente à ses rayons bienfaisants ses petites ailes mouillées, il gémit comme l’hirondelle et dans son doux chant il confie, il raconte en détail ses infidélités pensant dans son téméraire abandon acquérir ainsi plus d’empire, attirer plus pleinement l’amour de Celui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs… […]

Ô Jésus ! que ton petit oiseau est heureux d’être faible et petit, que deviendrait-il s’il était grand ?… Jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence […].

Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, Aigle Adoré, tu viendras chercher ton petit oiseau, et remontant avec lui au Foyer de l’Amour, tu le plongeras pour l’éternité dans le brûlant Abîme de Cet Amour auquel il s’est offert en victime [Ms B, 4v°-5v°].

         Terminons pour ce matin en laissant la parole à la petite Thérèse :

         Ms B, 5v° : « O Jésus ! que ne puis-je dire à toutes les petites âmes combien ta condescendance est ineffable… je sens que si par impossible tu trouvais une âme plus faible, plus petite que la mienne, tu te plairais à la combler de faveurs plus grandes encore, si elle s’abandonnait avec une entière confiance à ta miséricorde infinie »