Comment discerner? Bien souvent, nous avons des choix à poser et nous aimerions suivre la volonté de Dieu. Mais comment être sûr de la suivre? A partir de la Parole de Dieu (Ga 5, 20) et de la sagesse de saint Ignace de Loyola, voici en 5 minutes les principes de base
Lettre de saint Paul aux Galates 5, 16-25:
« 16 Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. 17 Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. 18 Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.
19 On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, 20 idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, 21 envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
22 Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, 23 douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. 24 Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises.
25 Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. » (Ga 5, 16‑25)
Conseils tirés des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola
Saint Ignace de Loyola, dont le génie est d’avoir rassemblé en un ensemble structuré et cohérent la sagesse multiséculaire de l’Église en ce qui concerne le discernement, peut apporter une aide précieuse. Essayons de synthétiser les règles de discernement de ses Exercices Spirituels (cf. n°314-336). Que le lecteur ne se laisse pas dérouter par leur ordonnancement quasi mathématique !
Deux préliminaires importants. Premièrement, on ne peut discerner qu’entre deux biens. On ne peut pas choisir de faire le mal ! Cela paraît évident, mais en prendre conscience permettrait d’éviter des situations dramatiques. Par exemple, si des sentiments naissent chez un homme pour une femme déjà mariée, il doit couper court au plus vite.
Deuxièmement, peut se présenter le cas où l’on veut remettre en question un choix déjà posé. Si ce choix est irrévocable (comme le mariage ou le sacerdoce), le seul discernement possible est de savoir comment se perfectionner dans ce choix. Il est hors de propos de le remettre en question. Si le choix posé est révocable (par exemple une destination de vacances), on doit se demander si le choix a été bien fait, bien discerné auparavant. Si c’est le cas, on ne doit pas le changer, mais on peut toujours le perfectionner. Dans le cas contraire, il faut reprendre le discernement.
Pour le discernement proprement dit, Ignace distingue trois modes d’élection possible, trois façons de choisir, selon comment la situation se présente.
1) Premier mode. Le choix est évident, la volonté est attirée sans doute possible. C’est l’exemple de l’appel de saint Matthieu : « 27 Après cela, Jésus sortit et remarqua un publicain du nom de Lévi assis au bureau des impôts. Il lui dit : “Suis-moi.” 28 Abandonnant tout, l’homme se leva ; et il le suivait. » (Lc 5, 27‑28) Une évidence est cependant rare.
2) Second mode. Face aux possibilités, on éprouve des sentiments variés, qu’Ignace appelle « consolations » et « désolations ». Dans ce cas, il faut opérer un « discernement des esprits ». C’est la manière de procéder la plus délicate.
Par « consolation », Ignace entend le fait d’être enflammé d’amour pour Dieu et désintéressé des choses de la terre. Cela peut consister aussi à pleurer ses péchés. C’est surtout vivre de l’espérance, de la foi et de la charité, c’est ce qui me pousse au bien joyeusement et paisiblement. La « désolation » est le contraire : être pris de paresse dans les choses divines et être poussé vers les choses de la terre ; n’avoir ni espérance, ni confiance, ni amour ; être dans le trouble et les tentations.
Le critère fondamental est donné par saint Paul dans la lettre aux Galates :
« 19 On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, 20 idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, 21 envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
22 Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, 23 douceur et maîtrise de soi. » (Ga 5, 19‑23)
Si l’on sent on fond de soi, en pensant à une décision, de la joie, de la paix, le désir d’aimer Dieu et son prochain, c’est sans doute signe que ce choix est inspiré par l’Esprit Saint. Au contraire, le diable cherche à troubler.
Cependant, les choses peuvent être plus subtiles ! Il faut comprendre que Dieu et le diable agissent diversement selon que l’on vit dans le péché ou que l’on progresse dans le bien. Lorsque l’on progresse dans bien, Dieu encourage par des consolations, on éprouve les fruits de l’Esprit nommés ci-dessus, alors que le diable cherche à attrister, à troubler. Mais lorsque l’on pèche gravement, Dieu travaille par les remords de la conscience, alors que le diable propose toujours plus de plaisirs. C’est donc l’inverse… Nous avions cité les numéros 314 et 315 des Exercices à ce sujet aux deuxièmes Demeures : on les relira avec profit. Il importe donc de discerner dans quel cadre est éprouvé l’attrait pour un choix : consolation ou désolation, progrès vers Dieu ou péché.
Comment agir dans la désolation ? Le plus important : surtout ne pas changer ses résolutions ! Alors que c’est le moment où l’on est tenté de justement tout remettre en cause… Il faut se changer soi-même, faire des efforts pour plus de prière et de pénitence ; mais aussi prendre patience ; et enfin espérer dans la grâce de Dieu.
Comment agir dans la consolation ? Penser à la désolation et faire provision de forces ! Et rester humble.
Le jésuite termine ses conseils en signalant trois tactiques du diable. Ce dernier est faible quand on s’oppose à lui, mais fort quand on le laisse faire : il faut donc énergiquement lutter contre les tentations. Le diable aime agir en cachette : il faut donc mettre au jour ses tentations en en parlant ou en se confessant[1]. Enfin, comme un bon stratège militaire, il attaque de préférence les points faibles : il faut donc se connaître et redoubler de vigilance.
Bref, ce n’est pas toujours simple, et un accompagnateur spirituel sera précieux pour y voir plus clair !
3) Troisième mode. Face aux possibilités, on n’éprouve pas d’agitation, ni consolation, ni désolation particulières. On peut également développer ce calme intérieur propice au discernement en travaillant « l’indifférence » » : que ce me soit égal de choisir A ou B, pourvu que Dieu soit content. Dans ce troisième mode, il faut utiliser son intelligence. Ignace propose deux manières de faire :
Première manière : 1) se représenter la chose ; 2) se placer dans une attitude « d’indifférence » : je sais que mon but est la louange de Dieu et mon salut personnel, non de satisfaire un attrait fugitif ; 3) prier et réfléchir ; 4) faire un tableau avec les avantages et inconvénients pour le choix A, et de même pour le choix B ; 5) choisir ce qui est le plus raisonnable ; 6) offrir ce choix à Dieu dans la prière.
Seconde manière : 1) se placer face à l’amour de Dieu ; 2) qu’est-ce que je conseillerais à quelqu’un dans cette situation ? 3) à ma mort, qu’aurais-je voulu avoir fait ? 4) au jour du jugement dernier, qu’aurais-je voulu avoir fait ? 5) choisir en fonction de mes réponses aux questions précédentes, puis offrir ce choix à Dieu dans la prière.
Nous avons conscience que cette synthèse du discernement ignacien est dense : que le lecteur n’hésite pas à reprendre les différents points posément un par un.
[1] « 20 Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; 21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.” » (Jn 3, 20‑21)